
Mère, épouse, et Ambassadrice des Emirats Arabes Unis (E.A.U.) en France depuis le 7 juillet 2021, cette amoureuse de la culture française assoit son leadership au profit de la politique étrangère féministe émirienne.
Coopération politique, économique, culturelle, militaire, scientifique, technique, juridique et judiciaire…les opportunités de partenariats ne manquent pas pour perpétuer la relation privilégiée engagée il y a 50 ans avec la France.
Mais son Excellence donne le ton et impose son style, avec pour clef de voûte de son mandat le leadership féminin et les compétences interpersonnelles au travail.
Son mantra : ‘You are the average of the five people you spend the most time with.’ Jim Rohn
La diplomatie au féminin
Hend Al Otaiba est née dans un environnement familial ambitieux dans lequel son papa, un ancien ministre, encourageait ses enfants à faire de hautes études à l’étranger.
Une ambition qui mena son frère aîné en poste à Washington et cette dernière à étudier les langues française, espagnole et anglaise en sus de son arabe natal.
Elle décrochera un premier diplôme à Londres en Psychologie, une maîtrise en marketing, gestion et communication à l’Université Paris Sorbonne Abu Dhabi et un second Master en Sécurité Défense auprès du Collège National des études de Défense à Abu Dhabi.
Un parcours universitaire lui permettant d’allier ses connaissances en Géopolitique et de solides compétences interpersonnelles, au cœur de son empreinte dans le paysage bilatéral franco-émirien.
Un cachet qu’elle a longuement nourri et travaillé dans ses précédentes fonctions.
Hend Al Otabia fit ses premières griffes au Département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi et son vaste programme culturel, dont le Louvre Abu Dhabi. Elle rejoindra par la suite le ministère des Affaires Etrangères en tant que Conseillère de Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, le Ministre des Affaires Etrangères émirien. Elle sera par ailleurs désignée pour fonder et présider en 2019 le Département de Communication stratégique, centre de gravité des communications des missions diplomatiques avec les médias internationaux.
Incontestablement, les influences de la neuroscience se perçoivent dans la posture de l’ambassadrice qui évoque les bienfaits d’un management « compatissant » et la capacité d’inclure la dimension affective dans la prise de décision, capable de susciter l’adhésion des équipes.
Cette attitude se reflète tant dans son management des équipes multiculturelles du Boulevard de la Tour-Maubourg, que dans ses missions auprès des autorités françaises.
Quand l’intelligence émotionnelle s’invite en diplomacie
Une approche différente du leadership, son Excellence l’avoue volontiers.
Quoi que tout à fait capable de faire preuve de pragmatisme comme les hommes, Hend Al Otaiba évoque les vertus de l’intelligence émotionnelle au micro de Vogue Arabia.
Bien au-delà d’une posture, son Excellence estime que le leadership se doit de reposer sur des qualités humaines, des compétences douces, et des qualités personnelles – les soft skills.
Un savoir-être permettant de construire une relation de confiance, inclusive de la perception de l’autre, de leurs émotions.
« La composante interpersonnelle est également un domaine d’intérêt important pour moi, car nous partageons de nombreuses aspirations et valeurs. Il est important de noter que les idéaux partagés de coexistence, de commerce et de culture sont au cœur des cinq décennies de liens étroits et durables entre les Émirats arabes unis et la France » confie-t-elle à Entrepreneur Middle East l’année de sa nomination.
Aby Sam Thomas, « Entrepreneur Middle East’s Achieving Women 2021: H.E. Hend Al Otaiba, UAE Ambassador To France », Entrepreneur Middle East, 17 octobre 2017
La diplomatie féministe gagne les Emirats Arabes Unis
Autre ascendance dans le leadership de son Excellence : raconter l’histoire de son pays et balayer d’un revers de main la vision occidentale de la femme opprimée du monde arabe.
Porter la vision progressiste de son pays, un héritage de Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan et de son épouse Cheikha Fatima bint Moubarak, le Père et la Mère de la Nation, telle est l’ambition de l’ambassadrice.
Si la France s’est engagé en 2018 dans la diplomatie féministe, via notamment des lois pour la parité en politique, Hend Al Otaiba souligne à Vogue Arabia que les femmes émiriennes pénètrent de nombreux secteurs dominés par les hommes : l’armée, les affaires, le sport, la santé, l’ingénierie et le domaine scientifique.
34 % de l’équipe scientifique de la mission martienne des Emirats – the Emirates Mars Mission, Mars Hope mission, Al-Amal – étaient des femmes.
Les femmes sont toutes aussi actives dans la sphère politique, sociétale et diplomatique : au gouvernement (28 % de femmes ministres), au Parlement (50 % des membres du Conseil national fédéral), au Ministère des Affaires étrangères (12 % des ambassadeurs, et 66% des employés,
dont 30 % à un niveau de Direction).
« Les E.A.U. sont classés au 1er rang dans le monde arabe et au 18e rang mondial dans l’indice d’égalité des sexes 2020 du Programme des nations unies pour le développement » publie son Excellence dans Arab News.
Anne Ilcinkas, «Hend al-Otaiba: « Nous sommes impatients de faire découvrir l’art, l’histoire et la culture des EAU dans l’Hexagone »», Arabnews, 21 septembre 2022
Accompagner la diversification de l’économie émirienne
Alors que le pays occupe la 10e place du classement Global Soft Power Index – une performance liée à la perception du monde d’une nation business-friendly – l’ambition de l’Ambassadrice est de sublimer d’autres facettes de son potentiel.
Capitaliser sur le « projet des 50 » et sur la volonté d’orienter le pays vers une économie moderne et diversifiée. Le gouvernement s’appuie sur son pouvoir législatif et sur un nouveau corpus de lois visant à positionner le pays sur le radar des investisseurs de manière pérenne.
« Le gouvernement des E.A.U. veut injecter 13,6 milliards de dollars dans l’économie en 2022, et 150 milliards de dollars d’ici 2030 » annonce Hend Al Otaiba dans Entreprneur Middel East.
Aby Sam Thomas, « Entrepreneur Middle East’s Achieving Women 2021: H.E. Hend Al Otaiba, UAE Ambassador To France », Entrepreneur Middle East, 17 octobre 2017
Renforcer et élargir la coopération avec la France
Les Emirats Arabes Unis veulent renforcer les piliers historiques de la coopération franco-émirienne – le commerce, le militaire, la Culture et l’Education – tout en étendant la coopération avec la France à d’autres domaines et opportunités.
L’ambassade de France à Abu Dhabi rappelle que les E.A.U. sont le 1er client de la France parmi les pays du Proche et Moyen-Orient (35% des exportations françaises dans la région en 2021). Le pays est également son 2ème fournisseur (17% des importations françaises), derrière l’Arabie saoudite.
La « Vision Abu Dhabi 2030 », offre moult opportunités de coopération en matière d’Education, bien au-delà de l’emblématique Université Paris Sorbonne-Abu Dhabi. Ce joyau de la coopération franco-émirienne allie les ambitions émiriennes pour diversifier l’offre de formation à sa jeunesse et créer un « hub international pour les étudiants du monde » et la volonté française de promouvoir l’excellence académique de l’enseignement supérieur français à l’étranger.
Une tâche facile pour Hend Al Otaiba, qui croit fermement au pouvoir de l’Education comme un vecteur d’émancipation et qui dirige une organisation à but non-lucratif visant à mettre en œuvre divers programmes éducatifs destinés aux personnes défavorisées.
L’ Ambassadrice a également à cœur d’établir une coopération accrue autour de la technologie et de la recherche, et à la première édition du ’Majlon’ des figures françaises et émiriennes de l’entrepreneuriat à échanger sur l’innovation, dont la Station F – le plus grand incubateur de start-up au monde – qu’elle souhaite rapprocher du Hub 71 d’Abu Dhabi.
La culture pour favoriser le dialogue des cultures
Une expression galvaudée pour certains, mais une évidence qui prend racine dans l’identité même de cette jeune nation qui soufflera ses 53 bougies en 2023.
Une nation de 9,99 Millions d’habitants, parmi lesquels plus de 200 nationalités, soit 11.48 % d’Emiriens contre 88,52 % d’expatriés.
Dans de telles conditions, le pays ne peut qu’opter pour un modèle de société inclusif, une culture d’acceptation des autres cultures et confessions. Le pays s’illumine pour Diwali, offre pléthore d’activités pour Noël et vibre au rythme du festival des couleurs Holi.
Il abrite désormais synagogues, églises, temples hindous, sikhs, un monastère bouddhiste et un complexe nouveau complexe multiconfessionnel servant pour les confessions juive, chrétienne et musulmane.
Favoriser le dialogue des cultures, à l’instar de la collection permanente du Louvre Abu Dhabi, le plus grand projet culture de la France à l’étranger – un musée qui ambitionne de lutter « contre l’obscurantisme » selon le président français Emmanuel Macron – offrant un pont entre l’Orient et l’Occident.
« Je pense qu’il est également important pour un ambassadeur d’aller au-delà des réunions et d’essayer de connaître les gens. Nous devons aller au-delà des politiciens qui nous connaissent et parler à toutes les couches de la société » confie l’ambassadrice à Vogue Arabia.
Caterina Minthe, « Meet UAE’s First Female Ambassador to France, Her Excellency Hend Al Otaiba », vogue Arabia, 8 decembre 2021
Un allié contre l’extrémisme et l’obscurantisme
La France apparaît comme le partenaire évident dans une région complexe où planent les spectres de la division, de la confrontation et du repli.
Un allié essentiel pour combattre la politisation de l’islam et les autres dangers civilisationnels de notre temps.
Un partenariat basé sur des intérêts communs et sur une relation de confiance et des valeurs partagées.
Son Excellence aura évidemment à cœur de préserver le partenariat stratégique du 15 janvier 2008 qui consacrera la base française militaires des E.A.U, l’une des cinq implantations militaires à l’étranger.
La France est le deuxième partenaire des E.A.U. en matière de défense, notamment sous l’impulsion du fondateur Cheikh Zayed qui favorisait un rapprochement avec la France dans sa quête d’indépendance militaire.
Elle agit pour se faire de concert avec un gouvernement qui travaille déjà sa notoriété, et ce, notamment via son engagement diplomatique pour la paix et la coopération régionale au Moyen-Orient.